Reculer l’âge légal de la retraite de 60 à 61 ou 62 ans … (voire plus ?)
1 – Ce sont les salaires qui paient les pensions en France actuellement, c’est donc du montant des salaires versés que dépendent les allocations disponibles pour les retraites. Tous les paramètres qui influent d’une manière positive ou négative sur la masse salariale ont une répercussion sur les retraites ; parmi ceux-ci naturellement la durée d’activité salariale.
2 – Parallèlement, reculer l’âge légal de la retraite, c’est prendre en compte l’allongement de l’espérance de vie et surtout tenter d’assurer la pérennisation du système de retraite par répartition malgré le vieillissement de la population.
3 – Dans un contexte international de plus en plus dur, la France est déjà un des pays où le nombre d’heures ouvrées annuelles est le plus faible. Alors, ne nous créons pas de nouveaux handicaps.
L’allongement de la durée de la vie active est inéluctable. N’essayons pas d’avoir seul raison face à une tendance généralisée…
L’approche
Nous supposerons que la mesure de reculer l’âge légal de la retraite soit décidée en 2011.
Au-delà des grands chiffres et agrégats collectifs manipulés (sans jeu de mots) par nos gouvernants, il nous paraît intéressant d’envisager les choses sur un plan individuel, plus terre à terre, « de voir midi à sa porte ».
1 – Le choix de la date
L’allongement en 2011 peut être d’application immédiate. S’il est d’un an, les personnes âgées de 60 ans nées en 1951 verront la liquidation de leurs pensions reportée d’un an à la date anniversaire de leurs 61 ans en 2012. C’est difficilement envisageable car cela aura plus ou moins un caractère rétroactif.
Plus probablement, en 2011, la loi marquera le début du report en indiquant que les personnes nées en 1952 ne pourront faire valoir leurs droits qu’en 2013.
Même raisonnement si le report est de 2 ans … et plus.
2 – Une mesure parmi d’autres
Si l’allongement est d’un an ou de deux ans cela voudra dire qu’il faudra travailler un , ou deux ans supplémentaire(s) pour pouvoir faire valoir ses droits.
Cela sera indépendant du fait d’avoir capitalisé ou non à 61 ou 62 an(s) le nombre de trimestres de cotisations nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein.
Rappelons le, ce nombre de trimestres va être relevé d’un trimestre par an à compter de l’année de naissance, à 163 trimestres pour les personnes nées en 1951 et à 164 trimestres pour celles nées en 1952 qui prendront leur retraite en 2011 et 2012.
C’est-à -dire que si la mesure intervient en 2011 – et qu’elle est d’application immédiate et sans étalement – les promotions 1951 et 1952 vont être ‘‘à la fête’’ car elles vont cumuler report et augmentation du nombre de trimestres cotisés.
On pourra répondre qu’il n’y a que demi mal, qu’on pourra mettre à profit ce laps de temps – le report d’un ou deux ans – pour cotiser le nombre de trimestres nécessaires pour atteindre les chiffres fatidiques de 163 ou 164 … s’ils n’augmentent pas dans l’entre temps.
Dans les régimes complémentaires, l’âge pour percevoir une pension complète est fixé à 65 ans.
L’accord AGFF permet aux salariés de percevoir leurs retraites complémentaires avant cette date dés lors qu’ils ont fait liquider leur retraite de base à taux plein. *
* Le taux plein est égal à 50 %. Il est automatiquement accordé aux assurés qui prennent leur retraite à 65 ans. Pour l’obtenir avant cet âge, il faut justifier d’une d’assurance minimale.
Quid des cas où les salarié(e)s auront le nombre de trimestres requis avant 61 ou 62 ans ? Il faudra qu’ils attendent ?
Une surcote a été mise en place en 2004 (loi Fillon de 2003) pour inciter les assurés ayant le nombre de trimestres requis pour le taux plein à continuer à travailler après leur 60ème anniversaire.
Sauf décision volontariste de maintenir l’avantage en l’état, elle repoussera d’autant l’application de la surcote de plus 5 % par an (1,25 % par trimestre supplémentaire travaillé après 60 ans) instaurée par la loi Fillon de 2003.
3 – La réalité
Dans le cadre du régime actuel des retraites, la variable essentielle pour calculer le montant des droits est le nombre de trimestres cotisés.
Le recul de l’âge de la retraite ne résout pas tout, tant est importante chez nous la distorsion entre l’âge de la fin d’activité et celui du départ en retraite, de la liquidation des droits.
En France, le taux d’activité des 55-64 ans est l’un des plus faible d’Europe, 38,3 % en 2007 ( la moyenne des pays de l’UE est de 44,7 %). Les 61,7 % restant finissent leurs carrières au chômage, en préretraite, en invalidité ou en congé maladie.
Les experts du COR (Le Comité d’orientation des retraites) indiquent savamment que « la question du recul de l’âge de départ en retraite doit s’apprécier en liaison avec la situation de l’emploi des seniors car un recul de l’âge de la retraite ne conduit pas mécaniquement à un recul équivalent de l’âge de cessation d’activité ».
En termes de ressources, le report de l’âge de la retraite ne peut être qu’un rond dans l’eau si les entreprises ne changent pas leur comportement vis-à -vis du maintien des seniors au moins jusqu’à 60 ans, les salariés ayant œuvré dans des activités physiquement dures (pénibilité du travail) étant exclues du schéma
Les personnels âgés continuent à être utilisés comme variable d’ajustement prioritaire des effectifs (« Le Monde » du 29 août 2009).
A court terme, cela ne va que croître et embellir dans la mesure où, dans toutes les branches où il y a un accord collectif dans ce sens, les entreprises pourront jusqu’au 31 décembre de cette année, mettre à la retraite d’office entre 60 et 65 ans les salariés qui ont cotisé le nombre de trimestre requis, 161 en 2009, pour percevoir une retraite à taux plein.
4 – Les cadres
Deux incidences d’ores et déjà repérables.
1 – Après avoir connu un quasi plein emploi dans les années 2006 / 2007 où 85 % des cadres de 59 ans et plus étaient en activité, en 2009 moins d’un sur deux liquidera sa retraite en activité pour se retrouver dans une des situations indiquées ci-dessus, chômage, pré retraite etc…
Leur situation se dégrade, et ils n’ont pas une vision précise de leur niveau de retraite future. En général, arrivés tard sur le marché du travail, vers 25 ans, 40 ans d’activité professionnelle les amènent largement au-delà de la soixantaine.
2 – Le dispositif AGFF évoqué plus haut revêt pour les cadres et assimilés une importance primordiale dans la mesure où les 2/3, voire plus, de leurs pensions proviennent des régimes complémentaires.
C’est une disposition à maintenir coûte que coûte.
Les taux de cotisations applicables à l’Agirc portent sur 2 tranches de salaires, calculées en multiple du plafond de la Sécurité sociale, B de 1 à 4 plafonds et C de 4 à 8 fois.
Dans tous les cas, la retraite sur la tranche C ne peut être liquidée avant la retraite sur la tranche B.
L’incidence de l’allongement pour récupérer les sommes de la tranche C n’est pas mineure pour ceux qui en bénéficient.
… A suivre car on est au tout début du processus. C’est un premier billet pour susciter commentaires et réflexions.
